Rémi Thibert

TIC, éducation, langues vivantes et compagnie

former des autodidactes ?

Le titre de ce billet peut sembler paradoxal. Il l’est en partie. En fait, je suis tombé sur un article de Libération (six milliards d’autodidactes) dans lequel était interviewé François Taddei, qui vient de rendre un rapport pour l’OCDE intitulé «Former des constructeurs de savoirs collaboratifs et créatifs.» Le point de vue défendu par Taddei (qui a fondé le CRI : Centre de recherche interdisciplinaire) m’a paru très intéressant à travers ces lignes, et je partage une partie de ce qu’il dit : il faut former des personnes qui soient capables de s’autoformer par la suite. Pour moi, ça rejoint l’idée d’autoformation, de formation tout au long de la vie, et donc d’« apprendre à apprendre« .
sur le chemin de l'apprentissage

  • Oui, il faut former à l’école des gens capables d’être autonomes par la suite, de transférer des connaissances, des compétences dans d’autres domaines, des gens capables d’adaptation…
  • Oui, il faut développer la curiosité, l’audace, l’envie, l’appétence chez nos élèves et nos étudiants. C’est ce que j’essaie de faire à mon niveau. Qu’ils ne subissent pas leur formation, mais qu’ils y participent activement.

Certes, tout ceci demande de rédéfinir certaines choses et vont à l’encontre d’habitudes scolaires bien ancrées chez les jeunes et chez les enseignants (et dans le reste de la population aussi il me semble). L’école ne peut plus se contenter d’être un lieu de transmission du savoir. Attention, cela ne veut pas dire qu’il ne faut plus transmettre ce savoir, mais il faut développer aussi des compétences propres à assurer l’autonomie des futurs adultes pour l’avenir. L’éducation est une composante quotidienne de tout un chacun, à divers niveaux.

Je suis donc allé voir le rapport en question, et là, j’ai découvert d’autres aspects que je n’avais pas perçus à la lecture de l’article de Libération. Il y a une approche très libérale de l’éducation, où il est notamment question de mettre en concurrence les écoles (et les universités) entre elles, en laissant le choix des établissements aux parents. Les concepts employés ne sont pas ceux auxquels on pense lorsque l’on parle d’éducation. Il est vrai que ce sont des termes en vogue actuellement, notamment dans le domaine de la communication. Je vous conseille la lecture de l’article de Bruno Devauchelle sur ce rapport qui porte sur ce vocabulaire utilisé : « créativité », « adaptabilité », « construction collective et collaborative de connaissances », « autodidacte ».

Je ne partage pas toutes les recommandations qui apparaissent dans le résumé de ce rapport. La mise en concurrence entre personnes ou entre écoles ne me semble pas la meilleure façon de développer ces compétences : c’est une approche plutôt anglo-saxonne.

Il me semble aussi qu’il faut bien préciser certaines choses : il est important de donner les éléments, les savoir-faire,  pour pouvoir s’autoformer par la suite, pour les rendre autonomes, autodidactes. Mais il ne faut pas partir du principe que tout le monde est autodidacte, et encore moins les élèves ! Cette capacité est à développer, et ça prend du temps. Mais je ne crois pas que cette idée soit nouvelle : les mouvements pédagogiques ont depuis longtemps  fait ce pari (voir les mouvements qui gravitent autour de l’éducation nouvelle) et travaillent à développer l’autonomie des individus.

Le rapport (qui n’existe pas encore dans sa version française) mérite d’être lu, il propose des pistes intéressantes, et peut initier un débat nécessaire.

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photo de Yves - sur le chemin de l’apprentissage – licence CC by-nc-sa

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1 Comment

  1. J’ai été professeur d’Écriture Musicale au Conservatoire pendant 30 ans, mais ma passion autodidacte pour les langues anciennes m’a fait PARLER LATIN couramment. Cela m’a tellement passionné que j’ai publié souvent des traductions réputées auprès des universitaires.
    Cela, non pour me vanter, mais pour témoigner de ce que la passion prime sur les méthodes scolaires.

    Mais ce n’est pas tout: voulant faire partager mes connaissances, j’ai fondé en Belgique SCHOLA NOVA il y a 15 ans. 70 élèves y parlent eux aussi, latin. On peut venir visiter cette école ne dépendant d’aucune pédagogie ni d’aucun organisme.

    Je ne puis que donner mon assentiment à presque tout ce que je viens de lire. L’enseignement doit viser à faire de futurs autodidactes, libres d’esprit, indépendants ou plutôt dépendant volontairement de ceux ou de ce qu’ils veulent quand ils le veulent et pour le temps qu’ils veulent. La passion est évidemment, comme dans tout, le moteur primordial de tout apprentissage.

    Mais il y a aussi l’enjeu qu’il y ait demain des gens qui aient une autre liberté que celle de penser « comme tout le monde » et qui fassent, comme par le passé, bouger le monde des idées sans rester fixés à des stéréotypes.

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