« Tice my ass » : quelques réflexions sur l’identité numérique que l’on se forge malgré nous
Je vais vous relater ici une anecdote qui m’a fait rire dans un premier temps, mais qui après réflexion me parait illustrer parfaitement le problème de l’identité numérique que l’on se forge sur le web, ou que d’autres forgent pour nous. Je rappelle que l’identité numérique se construit à partir des traces que nous laissons ici ou là, traces pour lesquelles nous avons notre responsabilité. Mais elle se construit aussi à partir des traces que d’autres peuvent laisser nous concernant, et dans ce cas-là, nous avons beaucoup moins de prise sur ce qui peut être dit. Certains préconisent d’ailleurs de faire une veille sur son nom régulièrement, pour voir quelle identité est véhiculée.
Alors voici l’histoire. Je donne des cours à des étudiants de Master 2 professionnel « didactique des langues et TICE ». Je suis « ami » avec certains étudiants sur facebook. D’ailleurs je glisse ici une réflexion sur l’utilisation de Facebook dans le cadre des cours : je ne suis pas persuadé que cet outil de réseau social puisse être utilisé. Avoir accès aux profils des étudiants peut s’avérer génant parfois, on peut y lire des commentaires que nous ne devrions pas lire, surtout ceux concernant les cours par exemple. Il me semble qu’il y a confusion des espaces professionnels et privés (même si, vous le lirez plus loin ici même, l’espace est tout sauf privé !). Créer un groupe, sans que l’on soit pour autant « ami » est surement plus adapté, mais la fonction de groupe est très mal faite.
Bref, certains de mes étudiants sont donc mes « amis » sur Facebook. La formation étant terminée, des photos de groupe ont été prises, certaines avec moi dessus. Le lendemain, je reçois une notification par mail comme quoi j’ai été tagué sur une photo : ça veut dire que quelqu’un a marqué mon nom sous une photo sur laquelle je figure. Je clique sur le lien et me vois avec d’autres étudiants. Je n’ai pas accès aux autres photos, car la personne qui a mis en ligne la photo ne fait pas partie de mes « amis ». Par contre, j’ai accès à celle-ci parce que j’ai été tagué dessus. J’ai donc accès à une photo de quelqu’un que je ne connais à priori pas. Déjà ça, ça pose question : peut-on parler d’espace privé, ou restreint ? L’ouverture est facile, et non maitrisable par le propriétaire de la photo (qui n’est d’ailleurs plus considéré comme propriétaire au vu des conditions d’utilisation : la photo est devenue la propriété de Facebook)
Je m’aperçois que l’album dans lequel figure cette photo est nommé « tice my ass ». Quand j’ai lu ça, j’ai ri : c’est le genre de calembour que je peux faire (je suis vexé d’ailleurs, je n’y avais jamais pensé !), et quelqu’un capable de tels calembours ne peut pas être foncièrement mauvais !
Ceci étant dit, la chose peut être très mal prise. J’interviens dans la partie TICE de cette formation justement. Autant dire que je pourrais me sentir blessé finalement. Ce qui se veut être une blague entre amis devient par le biais des tags quelque chose de plus large. L’étudiante ne devait pas imaginer que j’aurais accès à cette photo, et encore moins au nom de l’album. D’ailleurs, elle avait fait le nécessaire pour restreindre l’accès à certaines ressources en créant des listes d’amis.
Il s’agit donc d’une personne qui connait un peu (beaucoup ?) le fonctionnement de Facebook. Peut-être même a-t-elle lu l’article de Prof Noel sur la sécurisation de Facebook ! Pour autant, elle s’est retrouvée dans une situation qui aurait pu être délicate à gérer : il y a régulièrement des exemples de refus d’embauches pour des traces laissées sur tel ou tel site de réseau social.
Se pose ici la question de l’identité numérique de chacun, et des traces que nous laissons malgré nous. Nous ne pourrons jamais tout contrôler ce qui circule sur notre compte, que l’on soit actif ou pas sur le web. Pour autant, « la vie privée n’est pas un problème de vieux con » : nous devons avoir conscience de tout ça et utiliser ces outils avec tout le discernement possible, et se poser la question de ce que nous devons / pouvons publier. C’est un exercice difficile. Il l’est d’autant plus qu’il est très facile, et donc très tentant, de mettre en ligne la moindre photo, le moindre bon mot, la moindre humeur, etc.
J’espère que cette histoire aura permis à ceux de mes étudiants qui me liront (et aux autres) de faire plus attention à l’utilisation de ces outils. Je ne les dénigre pas, je pense même qu’ils peuvent se révéler très intéressant, il semble qu’ils tendent à remplacer de plus en plus le courrier électronique ; ils vont se développer considérablement. Mais il est nécessaire d’éduquer les plus jeunes (je pense aux collégiens et lycéens) à ces outils, de leur donner des grilles de lecture, et de les faire réflechir à l’image d’eux-mêmes qu’ils souhaitent donner.
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Ma veille sur l’identité numérique sur Delicious
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Identi.ca
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« et de les faire réflechir à l’image d’eux-mêmes qu’ils souhaitent donner »… Lors d’un cours que je donnais à des élèves en Master 2 (donc plus tout à fait des collégiens), j’ai voulu les alerter sur la nécessité, à quelques mois de leur entrée dans la vie professionnelle, de l’importance de maîtriser leur image sur Facebook (et consorts), en leur expliquant que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire à tout le monde, et que certains évènements privés doivent le rester (j’avais pris en exemple une photo de soirée bien arrosée laissée publique).
Un étudiant (je vous l’accorde, sans doute pas le meilleur) m’a répondu que « si un recruteur se basait sur ces photos de teuf pour rejeter sa candidature, ben ça voulait dire que le job il était pas pour moi ». Sic.